De patient traumatisé par une greffe à praticien en soutien émotionnel : Témoignage
- Jerome Jolly
- 6 mai
- 3 min de lecture
J'avais urgemment besoin d’être aidé, mais personne n'était là — alors je suis devenu cette personne qui aide.
Il y a des choses que l'on ne voit pas venir après une greffe d’organe. Pour moi ce sera le rein. On pense à la convalescence, aux médicaments, aux contrôles médicaux. On se dit qu'on a eu de la chance. Qu'on est vivant. Qu'il faut être reconnaissant et que tout va bien aller maintenant.
Mais personne ne m'avait parlé de ce que l'on pouvait ressentir après : Traumatisé par une greffe.
Quelques semaines après ma greffe, j'ai commencé à ressentir quelque chose d'étrange et de réellement terrifiant. Des angoisses violentes qui surgissaient sans prévenir. Des flashs de moi à l'hôpital, allongé, vulnérable.
Et surtout, cette peur profonde, viscérale, de la mort. Une peur que je n'avais pas vraiment eu le temps de ressentir pendant l'épreuve et qui arrivait maintenant, comme une vague différée. Et qui se répétait tous les jours sans cesse, à n’importe quel moment et quoi que je sois en train de faire. Elle surgissait et me paralysait de peur.
C'était terrible, horrible. Ces crises m'épuisaient, me rendaient physiquement malade. Mon corps semblait rejouer quelque chose que mon esprit refusait d'accepter. Je vivais sans le savoir le traumatisme vécu par mon cerveau et mon corps pendant l’opération quand je pensais que tout cela était derrière et que tout allait aller bien maintenant.

Trouver quelqu’un à qui parler, mais qui ?
J'avais profondément besoin de parler. Pas juste d'être écouté poliment. Mais d’être vraiment entendu par quelqu'un qui comprenne de l'intérieur ce que c'est que de traverser ça.
Je ne voulais pas aller voir un psychologue. Non pas par fierté ou par résistance — mais parce que j'avais besoin de quelqu'un qui avait vécu ce que je vivais. Quelqu'un à qui je n'aurais pas eu à tout expliquer depuis le début. Quelqu'un qui saurait, sans que je le dise, ce que signifie se réveiller après une greffe et avoir peur que tout s'arrête à nouveau, que la vie elle-même, s’arrête. Quelqu’un qui comprendrait ce que l’on vit intérieurement lorsque le corps et l’esprit ont été traumatisé alors que le « moi », lui, pense que tout va bien.
J'en ai parlé aux médecins à l'hôpital. Ils ont été bienveillants, mais honnêtes : ce n'était pas leur rôle, ils n'étaient pas formés pour ça et ils n'avaient pas le temps. J'ai contacté des personnes au sein de l'association France Rein. Même réponse, même bienveillance, même limite.
Tout le monde me renvoyait ailleurs. Et cet "ailleurs", je ne savais pas où il était et personne ne savait où il était.
Seul avec mes crises
Je me suis donc retrouvé seul avec mes crises d’angoisses. Seul à apprendre, à tâtons, à les traverser. À trouver des façons de respirer quand tout se serrait, des façons de garder le contrôle quand l’esprit partait en vrille. À comprendre ce qui se passait en moi, sans guide, sans filet.
Ce n'est pas ainsi que ça devrait se passer. Personne ne devrait avoir à traverser ça seul. Mais c'est ce que j'ai vécu. Et quelque chose, dans cette solitude, a commencé à germer.
Devenir la personne que j'aurais voulu trouver
C'est à partir de là que m'est venue une idée, comme une évidence.
Si cette personne n'existait pas, si personne n'était formé à l’accompagnement émotionnel en plus d’avoir vécu l'expérience de la maladie génétique et de la greffe… alors peut-être que je pouvais devenir cette personne.
C’est ainsi que je me suis formé en tant que praticien en relation d'aide spécialisé dans le soutien émotionnel. Pas pour donner des leçons. Pas pour jouer au thérapeute. Mais pour offrir ce que j'avais cherché en vain : une présence, une écoute vraie, une compréhension immédiate, une expérience vécue qui apporterai un véritable soulagement et la certitude d'être face à quelqu'un qui sait ce que l'on ressent de l'intérieur et qui apporte des solutions pour se sentir mieux et en finir avec ces angoisses terribles.
Finalement, j'aurais voulu trouver dans ces moments les plus sombres, la personne que je suis devenu aujourd'hui. C'est pour ça que je fais ce que je fais.
Et si vous traversez quelque chose de similaire ?
Si vous revenez d'une greffe, d'une longue hospitalisation, d'une maladie grave — et que vous ressentez ces angoisses dont personne ne parle, ces peurs qui reviennent le jour, la nuit, ce besoin de parler à quelqu'un qui comprend vraiment…
Vous n'êtes pas seul. Et vous n'avez pas à gérer ça seul. Je suis là pour ça maintenant.
